Accepter son premier choix

Pour rebondir sur mon précédent post et ces pensées qui nous submergent, il semble que nous n’arrivons pas à juger nous même de ce qui nous rend heureux. Le chercheur et psychologue Dan Gilbert de l’Université de Harvard appelle cela « la prévision émotionnelle » ou « prévision affective ».

Nos pensées simulent en effet comment nous nous sentirons dans le futur. Elles vont même prédire ce que nous aimerons ou ce que nous n’aimerons pas. Du type, je passerai de mauvaises vacances s’il ne fait pas beau. L’exemple du chercheur est de proposer à un public : préférez-vous être tétraplégique ou gagner au loto ? La réponse est vite trouvée.

Mais en réalité nous jugeons très mal dans le temps présent ce qui nous apportera du bonheur dans le futur. Parce que nous sous-estimons notre habilité à surmonter des expériences personnelles difficiles. Chez les personnes ayant gagné au loto ou chez les tétraplégiques, le taux de « bonheur » mesuré est pratiquement identique !

Cette sous-estimation de notre force interne nous pousse à éviter de prendre certaines décisions ou de ne pas nous lancer dans certaines activités qui pourraient aller à l’encontre de notre bonheur « pensé » ou « fabriqué » comme le dit Dan Gilbert.

Voici ce qu’il relate :

« Nous avons fait une expérience à Harvard. Nous avons créé un cours de photographie et avons enseigné aux étudiants comment utiliser une chambre noire. Nous leur avons remis des appareils photo, ils ont fait le tour du campus et pris 12 clichés de leurs professeurs préférés, leur dortoir, leur chien et autres souvenirs qu’ils voulaient conserver. Ensuite, nous avons tiré une planche-contact et ils ont choisi leurs deux photos favorites. On a passé six heures à les développer avec eux et ils les ont agrandies. Ils ont deux superbes photos glacées grand format de ce qui leur tient le plus à coeur et on leur demande: « Laquelle comptes-tu nous redonner? » « Je dois en redonner une? » « Oui. Nous devons en garder une pour témoigner du projet scolaire. Tu dois donc faire un choix. Tu en gardes une et je garde l’autre. »

Cette expérience comporte 2 conditions. Dans l’une, nous disons aux étudiants: « Au cas où tu changerais d’avis, j’en garde une quatre jours avant de la faire parvenir au chef mais si tu changes d’idée, il est tout à fait possible de l’échanger. » À l’autre moitié des étudiants, on dit exactement l’inverse: « Fais ton choix tout de suite car nous devons l’envoyer en Angleterre sans délai. Tu ne la reverras plus jamais. » On demande à la moitié des sujets de chaque groupe de prédire s’ils croient qu’ils seront toujours heureux du choix qu’ils ont fait. L’autre moitié est simplement invitée à retourner au dortoir et trois à six jours plus tard, nous leur demandons, à eux aussi, s’ils sont toujours heureux du choix qu’ils ont fait. Voyez ce que nous découvrons.

Dans le premier groupe, tous les étudiants croient qu’éventuellement ils préfèreront la photo qu’ils ont choisie à celle qu’ils ont cédée

Dans le second groupe, lorsqu’on arrive juste avant la possibilité d’échange (trois jours plus tard) et après l’échange (six jours plus tard), ceux qui ont été forcé de faire un choix sont content de leur choix. Alors que ceux qui tergiversent– «Devrais-je l’échanger? Ai-je choisi la bonne? Peut-être que non? Peut-être ai-je cédé la bonne? »–agonisent et doutent toujours d’être satisfait de leur choix. Pourquoi? Parce que la condition réversible n’est pas propice à la fabrication du bonheur.

Et voici la dernière étape de cette expérience. On recrute un nouveau groupe d’étudiants à Harvard et leur disons: « Nous offrons deux cours de photographie. Dans l’un, vous aurez quatre jours pour choisir entre vos deux photos et dans l’autre cours, vous devez choisir sur-le-champ. Quel cours préférez-vous joindre? » Évidemment, 66% des étudiants, les deux tiers, choisissent le cours où ils pourront changer d’idée.

C’est 66 % d’étudiants voués à être profondément insatisfaits !

Peut-être faut-il juste accepter les événements comme ils viennent ? Et utiliser notre premier sentiment, sans laisser nos pensées interférer avec ce choix ?

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