Entre l’éco-anxiété et celle liée à la covid, nos émotions anxiogènes ont été mises en haut de toutes les affiches ces derniers mois. Si j’ai plutôt l’habitude d’aborder nos relations avec le vivant avec des organismes de tailles visibles à l’œil nu, cette fois je m’engouffre dans le microscopique. Ce rien de 60 à 140 nanomètres a eu plus de puissance que n’importe quel animal féroce dont nous aimons imaginer la dangerosité. Face à un animal sauvage, l’humain peut toujours se prévaloir de montrer sa force et son courage. Face à la Covid, ce serait marcher dans le monde « d’avant », entouré d’autres humains insouciants, riant, crachant, postillonnant. Quel lot d’émotions nous a apporté la Covid ?
Une équipe de chercheurs chinois s’est intéressée à l’effet Waouh. Parce que cette émotion (dite aussi « awe » en anglais) qui peut à la fois provenir de stimuli terrifiants et magnifiques est venue s’insinuer dans nos vies quotidiennement via l’information en continu liée au virus. Point d’humain esseulé courageux mais des collectifs solidaires, des équipes médicales en action bravant le danger ainsi que tous les non-confinés, le goût de l’effort, et puis aussi bien sûr, l’angoisse de l’inconnu, la peur de la mort, l’inquiétude pour sa famille….
Les chercheurs ont demandé à des personnes, hommes et femmes, de Wuhan de regarder des vidéos avec ce genre d’images afin qu’ils ressentent l’awe. L’awe positive et l’awe négative. En effet, celle-ci vient en réponse à un phénomène vaste qui implique respect et crainte. L’awe négative vient en réponse à la visualisation d’une catastrophe naturelle, par exemple. Ayant vérifié qu’elles avaient cette aptitude, ils ont souhaité comprendre comment cette émotion agit sur nos comportements pro-environnementaux. Des recherches ultérieures ont en effet montré que la part positive de l’awe renforce les liens envers la société et le collectif. La peur et l’incertitude d’une awe négative renferment au contraire l’attention à soi et à ses intérêts. D’autres recherches, font penser que la pandémie nous fait également réfléchir à la façon dont nous souhaitons protéger l’environnement et ses conséquences sur la santé.
Suite au visionnage des vidéos soient complètement dramatiques, soient engageantes avec un héroïsme collectif, les chercheurs ont invité les participants à remplir des questionnaires sur leurs préoccupations environnementales et leurs choix de consommation. Il s’avère que dans les deux cas, un comportement d’achat durable a été privilégié (emballage recyclé, produits sanitaires écologiques…).
Cependant si dans le premier cas, le souhait d’agir pour la planète provenait d’une préoccupation environnementale, dans le second cas, les chercheurs ont montré que c’était par l’aversion du risque. Les personnes répondaient qu’elles prenaient des mesures préventives pour leur santé et leur famille.
En conclusion, l’effet négatif de l’awe via la crainte du virus ne met pas l’accent sur le lien social et environnemental mais stimule la motivation à protéger sa sécurité et ses intérêts. Déclencher un sentiment d’awe dramatique éloigne toute compassion collective.
Est-ce à conclure qu’une société saine se doit de cultiver l’émerveillement ?