Les oiseaux au secours de la déprime

Là, dans la lumière du lampadaire, tel un projecteur sur une scène, le héron au long cou se tenait sur la berge. Alors que j’allais donner le dernier coup de pédale pour traverser le pont en surplomb, je me suis figée autant que lui pour l’observer. Il semblait réfléchir. Et en effet, il avait à la pointe de son bec, une prise qui frétillait. Un chien et un humain passèrent et j’attendais le nez endolori par le froid. Finalement, il se retournera et par un mouvement bref et précis lâcha le poisson pour le gober. Quelques secondes plus tard, il avala à nouveau et je vis son jabot s’arrondir. Et comme pour signifier son contentement, il s’ébouriffa de toutes ses plumes la tête entre les ailes, avec une impression de tableau contemporain vivant fait de rémiges grises, noires et blanches.

Je repris mon vélo en main, ce qui le fit mettre sur ses gardes ; nous n’étions qu’à quelques mètres. Il sauta sur l’autre rive et je dévalais la pente, heureuse de cette rencontre fortuite qui ouvrait l’horizon sur les trajets quotidiens. Il reprit la pose. La tête oblique, le corps et le cou allongé, l’œil aux aguets.

D’après la récente étude parue dans Scientific report, j’en aurai pour 8 heures de « mieux être ». Financé par des centres de recherche médicaux du Royaume Uni, cette étude utilisant une application mesurant l’humeur en temps réel montre pour la première fois que l’observation et l’écoute des oiseaux sauvages agissent sur l’humeur humaine de manière positive.

Une autre étude urbaine a étudié l’impact des paysages sonores sur l’anxiété, la paranoïa et la dépression. Sur un panel de 295 participants, six minutes expérimentales d’écoute de chants d’oiseaux a permis de diminuer l’anxiété et la paranoïa alors que le bruit du trafic automobile aggravait le sentiment de déprime. Six minutes c’est peu.

Autant suivre les conseils des chercheurs psychiatres et neurologues de la première étude qui invoque que « les visites d’habitats abritant une grande quantité d’oiseaux pourraient faire partie des programmes de prescription sociale, jouant un rôle dans la prévention des problèmes de santé mentale et complétant les interventions plus traditionnelles. L’adoption de politiques de protection de l’environnement et de la faune sauvage pour la préservation et l’amélioration d’une mosaïque d’habitats en milieu rural et urbain sera primordiale. »

Et c’est une grande victoire que la médecine classique s’intéresse à la préservation du vivant.

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