Les émotions positives disparaissent de la littérature

Depuis 1800 environ, la littérature anglaise perd de son vocabulaire émotionnel. Et cette évolution s’accroît au dépend des mots décrivant les émotions positives !

Le chercheur Olivier Morin spécialisé dans l’étude des transmissions culturelles est plutôt du genre à décortiquer les problèmes.Voguant entre les sciences cognitives, l’anthropologie et l’histoire humaine, il ne s’attendait pas à un tel résultat. Parce que normalement, on emploie plus de mots positifs ! C’est ce que l’on appelle le biais positif linguistique.

Pourtant en analysant (ici l’article) les ouvrages de 22 auteurs de best-sellers publiés au 19e (en tout 200 volumes datant de 1625 à 1923) et 228 auteurs plutôt crépusculaires de la même époque (428 volumes datant de 1725 à 1943), il a découvert avec son collègue Alberto Acerbi un effondrement de l’utilisation des mots décrivant les émotions (408 mots choisis pour les émotions positives et 499 pour les négatives issus du Linguistic Inquiry and Word Count (LIWC) utilisé pour les recherches sur le langage).

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Ce n’est pas faute de données  puisqu’en utilisant le google books corpus, ils ont aussi analysé 307 527 volumes publiés entre 1900 et 2000….

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A l’aide de modèles statistiques, les deux chercheurs ont cherché si cette constatation peut être expliquée par la dynamique démographique concernant l’âge des auteurs et leur sexe ou à la richesse du vocabulaire, la longueur du livre…. rien ne semble expliquer cette baisse observable depuis deux siècles !

Une des hypothèses qu’ils proposent est que cette période correspond à l’urbanisation croissante des populations et à ce qu’ils appellent l’augmentation des interactions impersonnelles. En ville, les relations sociales seraient plus tempérées et les élans de positivité moindres. Mais cela n’explique pas pourquoi les mots exprimant les émotions négatives restent plus ou moins stables.

Les auteurs notent aussi que la période romantique (vers 1800) correspond au moment où les mots émotionnels étaient le plus employés et que la baisse de leur utilisation s’observe aussi bien dans la littérature française, russe, espagnole, italienne et allemande au cours du 20e siècle.

Olivier et Alberto ne sont pas les seuls à trouver ce résultat puisqu’une autre étude publiée dans une grande revue scientifique américaine, PNAS, l’a démontré ici en 2016.

Retrouvons les bons mots 🙂 Amusons-nous !

 

Une réflexion sur “Les émotions positives disparaissent de la littérature

  1. Bonjour Lisa , cela faisait longtemps que vous n’ aviez pas pris le plume sur le blog! est ce que votre livre avance ? j’espère que vous allez bien .
    je pense que la société actuelle et le climat sont a l’ origine de cette baisse de positivité ..mais je peux me tromper !
    A bientôt de vous lire
    Patricia

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